Je ne sais pas si ce topic intéressera grand monde ni s'il est au bon endroit, ou si j'intellectualise trop, mais je vous propose un café politico-philo avec un brin de psychologie de comptoir des foules sentimentales autour de... Dorothée, et surtout de tout ce que ça dit de notre pays, de nous, des autres, etc.
Pour schématiser, ça me semble évident qu'à l'époque, tout l'univers dorothéesque était super clivant, mais avec un consensus: on adorait ou on détestait, mais il fallait en tout cas surtout ne pas se risquer à en dire du bien. C'est d'ailleurs probablement une des raisons pour lesquelles je me suis attaché à cette figure: il y avait paradoxalement presque quelque chose de transgressif à aimer et défendre cet univers. D'ailleurs, j'ai cru comprendre que beaucoup de spectateurs sont allés aux concerts de 2026 pour la première fois de leur vie car ils n'avaient pas le droit de regarder Dorothée chez eux gamins, et que c'était pour eux comme une réparation ou une revanche. Bref, avant, il y avait un aspect presque "politique" avec tout ça tant les débats étaient enflammés, même chez les adultes, du moins à travers mes yeux d'enfant. Avec le temps, et à travers les médias et les réseaux sociaux, j'avais l'impression que c'était plutôt l'inverse qui se produisait: un consensus -mais les consensus sont toujours louches- sur le fait que Dorothée, c'était génial, et quelle personnalité extra, et bravo, et tout ça tout ça. Je trouvais ça cool parce qu'elle était connue, mais surtout enfin reconnue, même si je trouve que pour le coup, on passe un peu trop sous silence les autres aspects moins reluisants. Et j'ai vu aussi que les générations qui ne l'ont pas connue à l'époque s'y intéressent, ce qui à mon sens veut dire qu'il y a quelque chose qui est passé de l'ordre de la qualité du travail fourni à l'époque, quel que soit l'endroit où se situe cette qualité.
Or cette image plutôt très positive, relayée en ligne ou dans les médias, qu'a désormais Dorothée, dès qu'on en parle aux gens qu'on connaît en vrai en 2026... c'est plus du tout le cas. Comme pour l'émission "Merci Dorothée", que tout le monde dans mon groupe d'amis avait regardée, à tel point qu'on en avait parlé une bonne partie du lendemain. Mais quelques minutes après les louanges et les larmichettes de nostalgie, c'était -pour schématiser- les sempiternels "Elle aimait pas les enfants", "Elle chantait en playback à Bercy" (de la part de quelqu'un qui y était), "Qu'est-ce que c'était con", "Qu'est-ce qu'elle était moche", etc. Bref, un vrai retour dans les années 90, pour le coup (j'ai parfois l'impression que c'est eux qui y sont bloqués et pas moi). Un peu une douche froide. Qu'on n'aime pas ce qu'elle fait, je respecte évidemment. Qu'on ressorte les mêmes conneries (souvent fausses) et qu'on ne respecte pas son travail ni, quelque part, le public... surtout quand ce sont ces mêmes gens qui critiquent qui en font partie, j'ai déjà beaucoup plus de mal à comprendre. Et c'est là que j'ai besoin de votre aide.
C'est pourquoi, depuis quelques jours, je redescends de mon nuage surtout parce que dès que je raconte plus de 5 minutes à mon entourage ce que j'ai -on a- vécu aux concerts de 2026, et ce que ça représente pour moi (et pour beaucoup de monde, à mon grand étonnement), les gens commencent à flipper et à rigoler. Peut-être qu'on s'enflamme trop, faut dire.
Bref, je me demande si Dorothée ne reste pas hyper clivante aujourd'hui malgré tout... à moins que ça soit le reflet (attention!)... de nos propres clivages : monde de l'enfance/monde des adultes qui ne doivent pas cohabiter, les cases dans lesquelles on range les gens en France, la peur sociale d'être assimilé à un truc populaire, etc. Par exemple, ce sont des amis -que j'adore au demeurant!- qui m'ont traîné à Bercy en 2010 (je ne voulais pas y aller au départ). Ils s'y sont, tout comme moi, clairement bien, bien éclatés, dont une qui a éclaté en gros sanglots d'émotion à plusieurs reprises. Mais ils m'ont un peu gâché mon plaisir avant, pendant et après le concert, comme quand j'étais gamin et qu'on me ressassait que j'aimas de la merde: en n'assumant pas leur Dorothémania finalement assez avancée, en inventant n'importe quoi la veille lors d'un dîner pour dire qu'ils ne seraient pas dispo le lendemain, en disant que les gens qu'on croisait étaient complètement teubés, que j'étais le seul à fond, etc. Et dès qu'on en parle en groupe aujourd'hui (parce qu'ils ont des amis qui ne se remettent pas qu'on ait fait ça et nous en parlent TOUT LE TEMPS), ils se foutent de ma gueule, alors qu'ils ont quand même pris une part extrêmement active à cet acte criminel
Cela dit, je trouve que ça dit vraiment quelque chose de notre époque actuelle et passée, et du lien qu'on entretient avec pas mal de choses. Et du fait que malgré elle, Dorothée déchaîne les passions, encore aujourd’hui. Mais pourquoi ?
Ça nous emmène peut-être très loin de Dorothée, mais je serais curieux d'avoir votre ressenti à vous, et si vous vous heurtez aux mêmes problèmes que moi!



